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L'univers de Christophe Herreros est celui des coulisses du cinéma, celui des plateaux de tournage où se croisent figurants, doublures lumière, cadreurs et techniciens de tout poil;
acteurs anonymes qui ne font pas la une du générique mais qui contextualisent la fiction, qui la rendent crédible, qui lui sont indispensables;
et toutes ces jolies petites actrices d'un jour, qui rêvent d'être sous les feux de la rampe et à qui l'ont fait inlassablement répéter la même scène, sous un soleil de plomb, parcequ'elles ont un peu la même silhouette que l'actrice principale...

Christophe Herreros nous installe confortablement dans les fauteuils en velours rouges des salles obscures, puis brusquement rallume la lumière.
A l'instant heureux, où tout commence, où l'intrigue s'installe, où la narration s'amorce, il coupe. A l'instant magique où nous rentrons dans les images, il arrête le défilement attendu de celles-ci. Ces plans-séquences maîtrisés sont comme des génériques, générique de fin ou de début, qui démarrent une histoire, ou la terminent, mais dont nous ne saurons rien. Il s'oppose ainsi à la fuite des images, à cette poursuite infernale, qui nous tient en haleine et que notre inconscient appelle de tous ses yeux.
Au début de ses films l'artiste nous entraîne dans les grandes plaines américaines, dans le bronx, dans une banlieue californienne, mais très vite nous nous rendons compte que nous avons été piégés par ces types d'images, qui font aussitôt référence au cinéma américain. C'est en France, à Roubaix et ailleurs, que l'artiste a tourné ces plans...
Il rend invariablement hommage à la capacité des images à nous embarquer dans la fiction, par des cadrages insistants, des mouvements de caméra appuyés, mais il rend à la réalité ce qui lui appartient.
Il refuse la parole aux acteurs et aux scénaristes pour la donner aux opérateurs, aux cadreurs. Il confie notre regard à celui de la caméra, il la laisse s'éloigner de la fiction pour aller vers le hors-champ. C'est une caméra très objective qui opère là; nous ramenant sans cesse à la réalité, elle ne fait pas son devoir...
Pour que nous éprouvions sa grande mobilité, sa magistrale liberté, il tourne le dos à ce qui fait le cinéma, à ce qui attise notre désir, à cette promesse de voyages dans le noir. Il abolit la loi du suspens de ces instants en suspend.
L'artiste souligne ainsi la place primordiale, mais indéfinie qu'a la caméra dans le cinéma; car elle est là qui enregistre, au bord de la fiction, au milieu de la scène, à côtés des acteurs, au plus près des corps et des visages, comme un témoin anonyme, un figurant de plus, mais d'une agilité monstrueuse. Quel est cet oeil incroyablement mobile, qui se dédouble, qui vole, qui survole, mi-homme, mi-animal, presque diabolique?... Il affranchit cet "oeil-caméra", il émancipe ce regard aux mouvements inhumains qui plane et fixe comme une bête.
La caméra cherche, rattrape les acteurs, mais les délaisse pour cadrer ces espaces redevenus libres de toute charge fictionnelle et qui retournent à leur statut d'image fixe, de photogramme, de tableau à contempler, à encadrer.



Artiste français, né en 1981, Christophe Herreros vit et travaille à Paris.

Website de Christophe Herreros